La démocratie contre les experts : Les esclaves publics en Grèce ancienne

La démocratie contre les experts : Les esclaves publics en Grèce ancienne

Paulin Ismard

Language: French

Pages: 251

ISBN: 2:00326435

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


Supposons un instant que le dirigeant de la Banque de France, le directeur de la police et celui des Archives nationales soient des esclaves, propriétés à titre collectif du peuple français. Imaginons, en somme, une République dans laquelle certains des plus grands serviteurs de l'Etat seraient des esclaves. Ils étaient archivistes, policiers ou vérificateurs de la monnaie : tous esclaves, quoique jouissant d'une condition privilégiée, ils furent les premiers fonctionnaires des cités grecques. En confiant à des esclaves de telles fonctions, qui requéraient une expertise dont les citoyens étaient bien souvent dénués, il s'agissait pour la cité de placer hors du champ politique un certain nombre de savoirs spécialisés, dont la maîtrise ne devait légitimer la détention d'aucun pouvoir. Surtout, la démocratie directe, telle que la concevaient les Grecs, impliquait que l'ensemble des prérogatives politiques soit entre les mains des citoyens. En rendant invisibles ceux qui avaient la charge de son administration, la cité conjurait l'apparition d'un Etat qui puisse se constituer en instance autonome et, le cas échéant, se retourner contre elle. Que la démocratie se soit construite en son origine contre la figure de l'expert gouvernant, mais aussi selon une conception de l'Etat qui nous est radicalement étrangère, voilà qui devrait nous intriguer.

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que Mykithos serait parti s’installer à Tégée84. En admettant que Maiandrios fut bien l’esclave de Polycrate, on mesure aisément ce qui réunit les deux personnages et les distingue des esclaves publics de l’époque classique. Maiandrios comme Mykithos furent peut-être les serviteurs de tyrans qui leur confièrent des prérogatives exceptionnelles, mais ni l’un ni l’autre ne peut être qualifié d’esclave de la cité de Corinthe ou de Rhégion. Leur cas relève d’un esclavage domestique utilisé à des fins

confiées à des esclaves, c’est précisément parce que ces derniers, exclus de la communauté politique, ne risquaient pas de menacer l’ordre civique. L’esclavage public éclaire une autre dimension essentielle de l’expérience politique grecque, qui touche au statut même de l’État dans un régime démocratique. La cité grecque fut-elle un État ? La réponse est plus incertaine qu’il n’y paraît, du moins si l’on se contente d’observer que l’administration de la cité n’avait rien de commun avec celle des

citoyen peut prendre la parole en son nom propre devant les tribunaux de la cité, les métèques ou les affranchis ne peuvent qu’être � représentés » par un patron citoyen (prostatês), seul en mesure de faire valoir leurs intérêts sur la scène du droit athénien. Sur ce plan encore, les dêmosioi semblent bénéficier d’un statut privilégié, comme le montre le célèbre plaidoyer d’Eschine Contre Timarque, prononcé devant les tribunaux athéniens en 34557. L’orateur y vise un proche de Démosthène auquel

ancienne, Paris, La Découverte, 1984 [1959], p. 171. 87. L’Assemblée, ouverte à l’ensemble des citoyens athéniens sans distinction de fortune, était seule à pouvoir voter les lois. La Boulê, renouvelée tous les ans, était composée de 500 citoyens tirés au sort, sans distinction de fortune, à raison de 50 par tribu ; l’une de ses fonctions principales était de discuter et rédiger les lois qui étaient soumises au vote de l’Assemblée. L’Héliée désigne l’ensemble des tribunaux de la cité ; la

Categories of Dependancy and Compensation », in A. REID (éd.), Slavery, Bondage and Dependancy in Southeast Asia, op. cit., p. 182-207, p. 184 et p. 196. 2. Du verbe bingi signifiant � rassembler, regrouper, mettre de côté » (M. IZARD, � Les captifs royaux dans l’ancien Yatenga », art. cit., p. 282). 3. Ibid., p. 281. 4. Ibid., p. 294. 5. Ibid., p. 289. 6. A. TESTART, La Servitude volontaire, t. II, L’origine de l’État, op. cit., p. 48-49 et p. 75. 7. Dans l’anthropologie de

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